Exclusif/ Alain Giresse, sélectionneur des Aigles du Mali : « une concurrence saine qui donne une nouvelle impulsion à l’équipe ! »

En stage de préparation à Paris, le sélectionneur des Aigles du Mali s’est longuement confié à Malifootball, pour évoquer l’actualité de la sélection nationale.

Les problèmes d’intendance, l’évolution du groupe, sa vision pour une équipe compétitive et attractive du Mali, tout en évoquant les relations entre joueurs mais aussi l’environnement autour des Aigles du Mali.

Un long entretien,  à bâton rompu,  avec un Alain Giresse très disponible et confiant, avant son départ pour la Côte d’Ivoire.

Vous êtes en France, dans le cadre la préparation du match Côte d’Ivoire- Mali, comment se passe ce stage ? 

Nous sommes effectivement là pour préparer le match face à la Côte d’Ivoire[1]. J’avais au préalable d’abord convoqué 23 joueurs. Malheureusement, au début du regroupement, j’ai constaté et subi à deux manquements. D’abord pour cause administratif puisque deux de mes gardiens de but (Ndlr : Soumaila Diakité et Djigui Diarra) n’ont pas pu avoir leurs visas : il est extrêmement embêtant de ne pas pu faire le nécessaire pour leur permettre d’obtenir leurs visas. Le défenseur Mohamed Konaté aussi n’est pas avec nous pour le même problème de visas.

Il y a, également, des blessures que l’on a subit : Abdoulaye Diaby (pubalgie), Adama Traoré (cheville) et Bakary Sako.

Ce sont des désagréments que je vis pendant la préparation de ce match. Sinon les autres joueurs sont présents. Pour compenser,  Modibo Maiga (qui était en instance de signature d’un contrat) est venu en renfort pour palier à l’absence d’Abdoulaye Diaby au niveau de l’attaque. Pour les autres, nous avons dépassés les délais au niveau des clubs pour pouvoir les remplacer, sachant d’ailleurs que les clubs sont réticents à libérer leurs joueurs pour aller en jouer en Afrique.

Comment expliquez-vous le fait que des dispositions n’ont pas pu été prises alors que ces joueurs avaient été convoqués depuis plus de deux semaines ?

J’ai également deux membres du staff technique qui n’ont pas eu leurs visas. On avait effectivement tout le temps nécessaire de faire les démarches….Je ne peux pas savoir d’où vient le problème, je ne sais pas quelle est la démarche. Je sais quand même qu’il faut obtenir un rendez-vous au consulat pour faire la demande de visa.

Pourquoi n’avoir pas anticipé tout cela ? Je crois savoir que l’ordre de mission avait aussi traîné et pourtant c’est un élément clé.

Maintenant  qu’est ce qui s’est passé, qui doit faire quoi ? Je ne sais pas !  La seule chose que je sais c’est qu’on avait suffisamment le temps de faire les visas pour les joueurs qui sont à Bamako.

Ces absences remettent-ils en cause votre plan initial de préparation ?

Est-ce que vous trouvez normal de se préparer sans ses joueurs ? Si c’est sur blessure, on peut le regretter, mais sur d’autres aspects cela ne devrait pas exister ! Et après on vient me dire que les joueurs vont nous rejoindre en Côte d’Ivoire. Est-ce les conditions normales de préparations d’une équipe à  compétition comme la Coupe du Monde ?

En avez-vous échangé avec le président de la fédération, présent à ce stage ?

Bien sûr, je lui ai signifié que ce sont des choses qui ne vont pas  et qui sont à éviter. Nous allons s’assoir après pour trouver les solutions qu’il faudra ;   surtout pour des joueurs qui jouent aux pays et sur le continent  car les délais étant courts, ils ne peuvent transiter par Bamako pour leurs visas quand bien même s’ils viennent qu’il ait des rendez-vous pour eux. On tourne en rond mais le constat est là. Je suis dans ces conditions de travail pour organiser ce match.

Quoi qu’il en soit, la responsabilité morale de cette situation incombe à la fédération…

C’est toujours le problème du binôme. La fédération organise, le ministère complet : le coulissage n’est pas évident entre les deux. Au-delà des rôles de chacun, ce qui m’intéresse c’est d’avoir mon groupe au complet.

On se dit qu’il ya une fédération sensée organiser tout cela, avec  un manager général …

C’est la première fois que je le vis, depuis mon retour mais j’avais entendu parler de problèmes de visa et cela m’avait étonné. Le constat c’est qu’il y a eu des manquements et surtout comment éviter cela. Je pense que c’est par le domaine de l’anticipation. Ça sera toujours compliqué pour ce qui joue en Afrique, hors du Mali. Notamment pour Mohamed Konaté et Salif Coulibaly qui a pu être avec nous suite à mon implication personnelle auprès du Consulat de France au Mali. Pour les autres je me disais qu’ils sont au Mali, il ne devrait pas avoir de problème mais le résultat est là. Si on fait les choses en temps et en heure, on peut éviter ce problème.

Est-ce que cela est digne d’une sélection malienne ?

Non ! Et on dit «  on veut des résultats » ! À force, un jour nous allons finir par dérailler ! Aujourd’hui nous sommes là, on tient le groupe, les joueurs sont dans de bonnes conditions de voyages, les billets d’avions sont envoyés à temps…Je le sais puisque je m’y implique personnellement. Les terrains entrainement sont bons, les primes ont été réglées  et tout un coup on s’aperçoit de ce problème.  C’est un petit quelque chose mais qui a suffisamment d’importance !

Pourquoi n’avez-vous pas fait le regroupement à Bamako pour éviter tout cela ?

C’est un choix du coach mais aussi un désir des joueurs, puisque nous avons eu de gros problèmes à Kabala lors du dernier regroupement, qui ont été plus ou moins résolus par les instances. Dans un premier temps, on pensait que nous allions éviter Kabala mais des aménagements ont permis le groupement pour préparer le match face au Bénin[2]. Après le match, les joueurs ont échangé avec le représentant du ministre afin ce regroupement puissent se passer à l’extérieur et la voix du ministère a informé que la préparation se fera à Paris.

Après, Kabala est un endroit extraordinaire, les gens m’ont fait prêter des intentions sur ce que je disais, en faisant une affaire personnelle. Cela n’a rien de personnel, moi je pense au bien être de mes joueurs.

Actuellement, est-ce que, Kabala[3] est –il adapté aux exigences du haut niveau ? Kabala souffre de l’usure du temps ! Le cadre, le lieu est extraordinaire, adapté et le terrain est très bien. Mais il faut du confort et que tout fonctionne bien : les chambres, toilettes, sanitaires….Tout cela s’est dégradé, abimé. Il faut savoir que les joueurs professionnels ne sont pas à l’aise dans ce type de conditions.

Vous avez des joueurs qui sont habitués, à travers leur club, d’un certain confort, nous avons aussi des binationaux dont certains ont déjà joué avec l’équipe de France de jeunes, ont été élevé en France. Ils jouent au sein des Aigles du Mali car ils y sont maliens d’origines: tout cela crée un décalage. Imaginez-vous, nous sommes en recherche de binationaux, vous les amenez dans des conditions pareils ? Alors que si vous améliorez le cadre, ils seront davantage satisfaits et cela attira davantage.

Concernant le groupe, vous semblez avoir amorcé le rajeunirent de l’équipe : c’était le moment ?

Ça commence à être le moment car les jeunes mûrissent, ils commencent à prétendre à rentrer dans le groupe. Les circonstances l’on permit contre le Bénin et ils ont prouvé qu’ils méritaient d’être dans le groupe. Mais il faudra le faire progressivement sans aller trop vite. C’est très intéressant car ils ont des qualités, de la fraîcheur et ils bousculent un peu les cadres. C’est une bonne chose : une concurrence saine qui donne une nouvelle impulsion à l’équipe.

Quelles sont vos objectifs en allant à Bouaké ?

C’est de faire un résultat. J’ai dit à mes joueurs que leurs autres collègues sont certes absents mais chacun à son niveau doit être apte à  répondre présent, quel que soit le joueur qui est là. Dans des situations comme ça « la malheur des uns fait le bonheur des autres ! ». À eux d’en profiter et de prouver qu’ils méritent d’être là.

Des rumeurs circulent qu’il y aurait des problèmes entre Modibo Maiga et Bakary Sako à cause du n°10, dossard que Modibo Maiga portait avant l’arrivée Bakary Sako, qu’en est –il exactement ?

Le problème est que tous les deux veulent le « 10 » mais il n’y a qu’un numéro  10…

Donc il y a un tiraillement autour du « 10 » !

Cela n’a aucune répercussion sur le fonctionnement de l’équipe…

Ce qui se dit c’est que l’un ou autre refuserait de venir en sélection à cause de ce problème…

Vous n’avez qu’à regarder : Sako joue-t-il avec le numéro 10 à Cristal Palace ?  Certes, un des deux ne sera pas content pour ne pas avoir le numéro 10 mais ce n’est pas pour cela qu’il refuserait de venir en sélection. Je sais ça gronde beaucoup autour de l’équipe nationale mais on parle souvent à tort et à travers.

Au sein de la sélection, nous avons  des joueurs qui s’affirment de plus en plus tels que Sambou Yatabaré, Abdoulaye Diaby… ou même des jeunes comme Hamary Traoré, comment voyez-vous ses évolutions ?

De façon positive et vous voyez bien en ce moment qu’il y a une forme de renouvellement de l’équipe depuis 2012, ou tout prêt depuis 2015. Il y a du mouvement et c’est une bonne chose. Mais est ce que ce renouvellement en terme d’adaptation au haut niveau pour ces nouveaux est encore achevé ? Cela paressera par des joueurs qui s’affirment dans l’équipe afin d’arriver à une épine dorsale.

En parlant de nouveaux joueurs, qu’en est –il des dossiers Alassane Plea et  Almamy Touré ?

J’ai reçu Alassane Pléa et son père à Bamako. Mais il est toujours en réflexion ! Le cas d’Almamy Touré est encore plus particulier puis qu’il est né au pays ! Mais lui aussi avait éventuellement des perspectives françaises. Mais de façon général ça devient de plus en plus difficile pour les binationaux mais pas qu’au Mali.

Est-ce que, au Mali, on fait tout pour les accueillir dans de bonnes conditions ? Est-ce que sportivement, ils ont envie de découvrir la coupe du monde avec l’équipe national du Mali ? Attendent-ils un futur avec l’équipe de France ?  Ce sont des questions à poser.

Vous vous rendez compte, en espace de quelques mois,  N’Golo Kanté, Djibril Sidibé, en plus avant Lassana Diarra, tous d’origines malienne jouent avec la France… Je ne connais pas un autre pays qui fournit au tant de joueurs à l’équipe de France ! Imaginez une sélection malienne avec tous ces joueurs. Ça sera une équipe de rêve !

On a envie de poser la question suivante : que fait la fédération malienne de football ?

Au-delà du désir de les faire venir au Mali,  la fédération, nous le staff technique, entrainement que je suis et  le manager général, nous faisons nos démarches. Après, nous avons nos limites sur le fait que le joueur accepte ou pas.

La sélection malienne est-elle suffisamment attractif pour ces jeunes ?

Je répondrais par une autre question : c’est quoi l’attractivité d’une sélection ?

De bons projets sportifs, de bons résultats, pas de problèmes d’intendance…

Je suis d’accord, ça part de quelque chose de bien organisé…

Par exemple, un joueur me disait pendant la menace de grève[4] : « Comment peut-on convaincre une jeune à venir en sélection dans des conditions pareilles ? »

Ce qui est sûr, aujourd’hui, les joueurs présents à ce stage ne peuvent se plaindre de rien. Il faut être honnête : si ça va il faut le dire, si ça ne vas pas, on le dit aussi. Dès leur départ de chez eux, ils ont leurs billets en temps réel, les conditions d’hébergement et d’entrainement sont très bonnes. Ils auront leurs primes après le match. Il faut juger du début à la fin et  là où nous sommes, rien ne se présente mal pour les joueurs.

Donc nous sommes loin de la période où les joueurs menaçaient de grever ?

Tout à fait. Mise à part le problème de Kabala dont j’ai parlé tantôt. Après le match contre le Bénin, chaque joueur a eu sa prime, leurs billets d’avion étaient déjà disponibles à la fin du match…Il n’y a pas eu de problème. Il ne faut pas dire qu’il y a des problèmes lorsqu’il y a un problème et depuis que je suis revenu, même s’il ya eu quelques soucis, je suis satisfait, dans l’ensemble,  des conditions pour mes joueurs

On vous a, bien sûr, vu monter au créneau afin que les joueurs soient satisfaits…

Et on m’a prêté des intentions personnelles. Mais je suis assez à l’aise pour ne pas rentrer dans ce type de polémique. Je fais suffisamment de travail, notamment, sur la partie sportive. Je suis suffisamment connu pour pouvoir appeler des managers dans leurs clubs pour avoir un suivie plus précis des joueurs.

Malgré son statut, la Côte d’ivoire n’a pas été assez brillante ces derniers temps, êtes-vous assez confiant pour votre équipe ?

Ça reste la Côte d’ivoire et sous prétexte qu’elle a eu des difficultés ça sera une erreur de s’imaginer que les choses seront faciles. C’est une équipe qui a changé et possède moins de joueurs de grands talents comme Drogba ou Yaya Touré ; et que personne ne vient me dire qu’ils ont pu être remplacés. C’est comme le Mali, lorsque nous avions perdu Seydou Keita, Djilla Diarra ou Kanouté. La Côte d’Ivoire reste quand même une équipe avec un potentiel et un collectif assez solide.

On entame donc ces éliminatoires de la Coupe du Monde, juste avant la CAN 2017 qui profile aussi à l’horizon, c’est un aspect dont vous preniez en compte ?

Il ne faut pas que le résultat des deux matches influe sur la préparation de la Can. Nous nous sommes bien qualifiés pour la CAN et je sais très bien que l’on fait souvent des raccourcis par rapport à des résultats. Il ne faudra pas que ces résultats perturbent la préparation de la CAN.

Mise à part cela, nous travaillons et il y a de la qualité au Mali : de très bons jeunes mais il faudra être patient et vigilant.

Lors de la dernière présentation de liste, on a commencé à me réclamer d’autres joueurs alors que ceux dont j’avais convoqué sont ceux dont on m’avait réclamé lors de la précédente présentation de liste. Devrais-je les laisser tomber pour convoquer de nouveaux joueurs, sachant qu’ils avaient été bons ?

Ce n’est pas en réclamant chaque fois de nouveaux joueurs que l’on ira plus loin…

Propos recueillis par Mahamet Traoré

[1] Le samedi 8 Octobre 2016 ( à 18h00 TU) à Bouaké ( RCI), 1er journée des éliminatoires de la Coupe du Monde 2018

[2] 6è et dernière journées des éliminatoires de la CAN 2017. Victoire des Aigles (7-2).

[3] Centre d’entrainement Ousmanebleni des Aigles du Mali à Bamako.

[4] Lors du match amical Mali-Burkina (4-1)  en octobre 2015.

One Comments

  1. Reply Post By Dramane

    Allez les aigles vous pouvez batre la C D l équipe n’est pas en forme elle a beaucoup diminué soyez confient et surtout ne pas chercher à défendre pour avoir le nul nom joué comme si c’était à Bamako en gagnant on n’a plus de chance de récupérer Ousmane et Moussa Dembélé rien que la victoire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *